CET INCONNU
Une vieille croix blanche dans l’usure du temps
Sur ce chemin de terre, il n’y a pas de nom
Seuls quelques mots inscrits ci-gît un inconnu
C’était celui d’un jeune errant de naguère
C’était un simple rêveur cherchant ses souvenirs
Pour alléger ses pleurs, tristesses et douleurs
En arrêtant le temps de ce voyage sans fin
D’être enfin libéré de toutes ses oppressions
Retrouver un instant tous ses rêves d’enfant
Et pour enfin se reposer des rêves monstrueux
Les paradis artificiels qu’il avait découvert
Dans son esprit troublé, il reste là prostré
Sous ce grand chêne qui avait bien mille ans
En rencontrant un dieu qu’il venait de créer
Celui qu’il avait espéré depuis bien des années
Revoyant les images de sa vie antérieure
Celle qui était là depuis bien des matins
Dans ces rayons de soleil avec des pleurs
Il attendait encore cette réelle évasion
Elle n’est jamais venue, il espérait pourtant
Les rencontres d’êtres de ces autres temps
Qui se parlaient de tendresse et d’amour
Il n’y avait pas de haine, pas de jalousie
Les mots et les chansons c’étaient leur poésie
Dans ce monde d’ailleurs, ils étaient bons
Les images défilaient comme les pas d’un géant
Des étoiles naissaient et il les regardaient
Elles passaient comme l’éclair mince lumière
Elles s’en allaient se fondre là-bas dans l’infini
Dans l’attente d’ un sommeil qui durerait
cent ans
La démesure du temps n’avait pas d’importance
Il suivait ce moment, l’espace d’une seconde
Se laissant transporter au-dessus des océans
Bien plus haut que les vagues, il suivait l’horizon
Parcourant l’ univers, il couvrait tout cet infini
Des myriades petits points, l’étoile d’Orion
Qui scintillait dans cet espace lointain sans fin
Il essayait pourtant d’en toucher quelques-unes
Mais seul son esprit pouvait s’en approcher
L’ombre des nébuleuses et des spirales
immenses
Son corps était inerte sous cet arbre indolent
Et toutes les rêveries d’un être solitaire
Du bout de l’univers qu’il n’atteindrait jamais
Restant là sans bouger, prostré à ne rien faire
Plus aucun mouvement, son esprit s’envolait
Les chemins ne sont plus, ils sont tous disparus
Les paysages du temps changeront après lui
Les feuilles tomberont sur son corps affaibli
Un linceul rougeâtre le cachera longtemps
Et le vieil arbre mort ne laissera pas de nom
Et de cette croix blanche plus aucune réponse
Inconnu de ce monde il sera bien l’absent
S’enfonçant dans cette terre depuis des ans
Sans que personne ne sache vraiment son nom
Disparu de ce jour ce sera pour de bon
Et bien avant qu’arrive cette fin des temps
Tous nous aurons passé sur ces sentiers étroits
Ceux que l’on faisait à petit pas si lents
Sans rencontrer âme qui vive, qui pleure
Envolée dans le vent, ce sera enfin notre heure
Avec de longs vêtements de toutes les couleurs
Couvrant les corps d’une fine poussière
Il n’y aura plus de chants, ni d’espoir, ni de rêves
Tout s’en ira bien vite en laissant les chimères
Celles que l’on croyait atteindre c’était le vent
Dans ce jardin parfumé aux fleurs immortelles
Aux multiples couleurs réjouissant nos coeurs
De leur senteur forte embaumant nos corps
Cette musique douce venue du fond des âges
Elle sera là encore juste le temps d’un rêve
Ces feuilles recouvrant les corps enfouis
à jamais
Tous nous disparaîtrons.
Seul voyagera notre esprit
S’envolant dans ce vent loin, vers cette éternité
Nous serons là dans un linceul éternellement
Comme cet inconnu revenant dans le temps
Merci Claudius pour ce magnifique texte.
Copyright © Claudius le 27 février 2000.

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cette page a été créé le 27-02-2000